Montgomery a travaillé comme journaliste et comme femme à tout faire
au bureau de Halifax du Daily Echo de
septembre 1901 à juin 1902. Elle y tenait une chronique intitulée
« Around the Table » par « Cynthia ». Ces
articles, conservés soigneusement dans ses cahiers de coupures,
portaient sur la mode et des sujets légers. Ils renferment
beaucoup d'information sur les coutumes et intérêts de
l'époque et sont souvent écrits dans un style enjoué.
LA PHOTOGRAPHIE EN TANT QUE PASSE-TEMPS
Les conseils de Cynthia pour les débutants
Chronique « Around the Table », Halifax Daily Echo,
le lundi 12 mai 1902
par L.M. Montgomery
Les photographes amateurs devront endurer une bonne dose de farces
tout aussi amateur, mais tout compte fait, aucun autre « passe-temps
» n'exerce autant de fascination ou ne procure autant de plaisir.
Bien entendu, il faut s'y intéresser sérieusement
et non en amateur. Il n'y a rien de beau dans un instantané
bizarre d'un de vos amis ou dans un cliché pris n'importe
comment de maisons qui penchent plus que la tour de Pise. Cependant,
un joli petit paysage, bien garni et bien monté, qui rappelle
une agréable promenade d'été ou une soirée
plaisante, est une jolie chose qui vous donnera toujours de la joie.
Récemment, plusieurs de mes amis se sont acheté des
appareils photo et m'ont demandé des conseils sur les choses
à faire et à ne pas faire. Je leur offre donc quelques
conseils tirés de mon expérience.
En photographie amateur, la règle d'or est d'abord et avant
tout d'être méticuleux. On ne peut se permettre d'être
négligent si l'on veut prendre des photographies dignes d'être
conservées. La négligence la plus minime peut parfois
gâcher une belle image. Si vous faites votre exposition à
la va-vite, si votre chambre noire laisse filtrer la lumière,
si vous n'isolez pas religieusement votre solution hypo de votre
révélateur, si vous faites cent choses à la
fois ou en négligez cent, vous n'obtiendrez pas de bons résultats.
Ne tentez pas d'en faire trop la première fois et n'exposez
pas une demi-douzaine de plaques avant d'en développer une.
Allez lentement. Un appareil qui utilise des plaques de 4 sur 5
convient bien aux débutants. Procurez-vous tout le matériel
dont vous avez besoin parce que, bien entendu, il ne vous suffira
pas d'appuyer sur le bouton, vous devrez développer et finir
vos photographies. Cependant, vous devez d'abord et avant tout vous
procurer une bonne lampe de chambre noire. Des économies
mal avisées ne vous causeront ici que des soucis et des déceptions.
Même si certains sont d'avis contraire, j'estime que les débutants
devraient commencer par utiliser des plaques à exposition
lente. En fait, je préfère toujours employer ce type
de plaque. Selon moi, j'obtiens alors des résultats plus
artistiques.
Dans votre chambre noire, il doit y avoir une place pour chaque
chose et chaque chose doit être à sa place. Époussetez
vos plaques avant de les mettre dans le support. Pour ce faire,
utilisez un pinceau en poils de chameau, mais s'il vous arrive de
ne pas en trouver, passez la paume de votre main délicatement
au-dessus de la plaque en vous assurant que votre main est bien
sèche. Si jamais vous vous trouvez dans un endroit où
vous n'avez pas accès à une chambre noire et que vous
souhaitez changer de plaque, voici comment j'ai obtenu de bons résultats.
Enfermez-vous dans une placard sans fenêtre, assoyez-vous
sur le plancher et demandez à quelqu'un de poser une lourde
courtepointe - rouge de préférence - sur votre tête.
Demandez-lui ensuite de bien fermer la porte et changez votre plaque.
En été, c'est une tâche d'une chaleur écrasante,
mais c'est mieux que d'exposer les plaques à la lumière.
Choisissez soigneusement votre angle en tenant compte du jeu de
la lumière et des ombres. Vous obtiendrez toujours de meilleurs
résultats en vous servant d'un trépied et en calculant
la durée d'exposition bien que cela demande de toute évidence
plus d'adresse. En ce a trait à l'exposition, les formules
toutes faites ne sont d'aucune utilité. La durée d'exposition
est fonction de l'intensité de la lumière et du type
de plaque utilisé. On apprend en faisant des erreurs. Ne
prenez pas de photographies entre onze heures et quinze heures.
Vous n'obtiendrez jamais de bons résultats.
Lorsque vous développez, prenez garde de ne pas sous-développer.
Les débutants ont invariablement tendance à le faire,
s'inquiétant lorsque l'image commence à pâlir
et la retirant immédiatement de la solution. Laissez la photographie
dans la solution jusqu'à ce que l'image devienne très
pâle et indistincte. Lavez-la bien avant de la mettre dans
l'hypo. En utilisant une solution d'alun, vous éviterez le
« gondolement » qui se produit lorsque les bords du
film retroussent sur les côtés de la plaque. Vous n'aurez
pas ce problème par temps froid. Lorsque vous retirez votre
plaque de l'hypo, laissez-la tremper dans l'eau pendant une demi-heure.
Si vous ne vous servez pas d'eau courante, changez l'eau six fois.
C'est très important parce que même s'il ne reste qu'une
petite quantité d'hypo sur le film, il sera gâché.
Mais d'abord et avant tout, soyez méticuleux. Ne vous contentez
pas d'être assez bon. Visez l'excellence.
On obtient parfois un bel effet avec la photographie d'un paysage
en découpant une toute petite lune dans du papier blanc et
en la collant bien sur le côté de verre du négatif.
Le résultat sera « un paysage d'été au
clair de lune ». Vous pouvez prendre des photographies au
clair de lune. Il faut des heures et non des secondes d'exposition.
En général, les résultats ressemblent plus
ou moins à une plaque embrouillée exposée normalement,
mais on a obtenu de très beaux effets ainsi. Je ne conseille
toutefois pas aux débutants d'essayer de le faire.
Si vous désirez avoir une « paysage au clair de lune
en hiver », voici comment procéder. Prenez un négatif
ordinaire d'un paysage dans lequel il n'y a pas d'arbres avec des
feuilles. Des conifères et une vieille maison de ferme ou
quelque chose du genre vous donneront les meilleurs résultats
pour ceci. Placez le négatif dans une tireuse par contact,
film vers le haut. Recouvrez-le d'une nouvelle plaque, film contre
film, et pour plus de précautions, ajoutez un bout de tissus
noir. Tenez ensuite la tireuse à environ 18 à 20 pouces
au-dessus d'un bec à gaz et allumez rapidement. Le temps
d'exposition variera entre 2 et 20 secondes, selon le type de lumière,
de plaque et de négatif utilisé. Après l'exposition,
développez la plaque comme à l'accoutumée.
C'est ce qu'on appelle une image positive. Collez la pleine lune
à sa place, au verso et imprimez. Le ciel en ressortira noir
tandis que le sol et les arbres seront blancs - apparemment couverts
de neige. L'effet sera très joli. J'ajouterai même
que votre « positif » peut aussi servir de diapositive
pour lanterne magique.
Il arrive parfois que les appareils photo nous jouent de drôles
de tours. J'ai obtenu de curieuses photographies en exposant accidentellement
la même plaque deux fois. C'est ainsi qu'on procède
pour faire des photos de « fantômes ». Un jour,
j'ai pris une photographie de deux de mes amies se tenant l'une
à côté de l'autre. Je me suis trouvée
plus tard à réexposer cette plaque en photographiant
un paysage. Le paysage est très bien ressorti. Les filles
s'y trouvaient aussi, personnages blêmes et transparents,
et tout le paysage se voyait clairement à travers elles.
C'était manifestement une image parfaite, ce qui, bien entendu,
ne se produit pas souvent par hasard.
J'espère que vous aurez beaucoup de plaisir avec votre appareil
photo cet été. Si vous n'en avez pas, ce sera par
votre propre faute.
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