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Dans leurs modestes débuts, les couvre-livres étaient purement fonctionnels. Les couvre-livres, qui furent créés au départ pour protéger les reliures de tissu lorsque les livres passaient entre plusieurs mains, de celles de l'éditeur à celles de leur destinataire final, le lecteur, en vinrent à jouer un rôle beaucoup plus important. Bien que les premiers couvre-livres remontent à 1832, au moment où les livres de Montgomery furent lancés sur le marché, soit vers la fin de la première décennie du vingtième siècle, les éditeurs s'étaient rendu compte que ces housses de papier pouvaient fournir des renseignements importants aux acheteurs de livres. Le couvre-livre permettait notamment non seulement de donner des détails sur le livre, sous forme de texte publicitaire et d'indiquer le prix, mais il permettait aussi de faire la promotion d'autres uvres du même éditeur et, lorsque c'était possible, du même auteur. Par son apparence, le couvre-livre pouvait aussi servir à séduire le lecteur en puissance. En fait, le choix de l'uvre et des couleurs nous renseigne parfois sur ce que l'éditeur pensait du marché éventuel d'un livre au moment de sa publication. L'étude des différentes approches adoptées par les différents éditeurs d'un même pays face à la commercialisation des uvres de Montgomery sans mentionner l'étude des diverses attitudes d'un pays à l'autre s'avèrera fascinante lorsqu'on s'y attaquera. Quoiqu'il en soit, la fonction éphémère du couvre-livre rendait cet emballage particulièrement jetable lorsqu'il s'était acquitté de sa raison d'être qui était de protéger le livre jusqu'à ce qu'il se trouve entre les mains de l'acheteur final. Aussi tard que dans les années 1950, je me souviens que mes parents, lecteurs assidus, libéraient régulièrement leurs livres de ces « encombrants » couvre-livres avant de s'asseoir pour savourer leurs achats littéraires. Telle était aussi la pratique dans les bibliothèques. Ainsi, ce n'est qu'en 1988 que la Bibliothèque nationale du Canada commença a garder les couvre-livres de ses achats. Certaines bibliothèques ne le font pas encore. Il n'est donc pas étonnant que les premiers couvre-livres (avant 1935 sinon avant 1945) soient extrêmement difficiles à trouver. C'est presque par chance et non par dessin qu'ils ont survécu. Et il faut peu d'imagination pour comprendre que chez les livres pour enfants, il était encore moins vraisemblable qu'ils survivent entre les mains pressées et peu soigneuses des enfants. Il s'ensuit que certains des couvre-livres qui font partie de la collection Lucy Maud Montgomery de Ronald I. Cohen, sont extrêmement rares, et dans certains cas voire uniques. J'espère que vous prendrez plaisir à admirer certains de mes préférés autant que j'en ai eu à la trouver et à en faire don à la Bibliothèque nationale du Canada. D'une certaine façon, l'histoire des couvre-livres commence ici.
Par leur conception de la page couverture, L.C. Page & Co. a donné
le ton pour les premières uvres de Montgomery. L'étiquette
de son image d'Anne qui a été collée est reprise
sur le couvre-livre. Le style s'est maintenu jusqu'aux dernières
publications des uvres de Montgomery chez Page et fut repris par
Grosset and Dunlap aux É.-U. et Harrap au Royaume-Uni. Ce couvre-livre
est un trésor que j'ai trouvé un jour que, fatigué
après une longue journée à Winnipeg, dernier arrêt
d'un voyage dans l'Ouest avant mon retour à Ottawa, j'ai téléphoné
à un de mes libraires préférés, après
l'heure de la fermeture, pour le trouver encore au travail, à faire
son inventaire. Il me dit qu'il avait une surprise pour moi, une très
belle surprise. Et il avait raison. Ce couvre-livre, qui accompagnait
la onzième édition d'Anne of Green
Gables, à peine quatorze mois après la parution de
la première édition, est l'exemplaire connu de couvre-livre
le plus ancien de tous les romans de Montgomery. Les relations entre Montgomery et son premier éditeur prirent
fin sur une note acrimonieuse dans les années 1910 et les romans
de Maud commencèrent à paraître chez Stokes aux É.-U.
et, enfin au Canada, chez McClelland, Goodchild & Stewart. Page, bien
entendu, conserva les droits de publication des romans parus avant Anne's
House of Dreams et, lorsque vint le temps de l'édition d'argent
(vingt-cinquième anniversaire) de la publication d'Anne, en 1933,
Page publia une magnifique édition reliée sur toile pour
la circonstance (il s'agissait en fait de la 68e édition de cette
uvre à très grand succès). Le livre fut imprimé
sur du papier plus grand et plus épais, relié de toile d'argent,
et accompagné d'un couvre-livre totalement redessiné pour
commémorer l'événement. Lorsqu'en Grande-Bretagne Harrap succéda à Pitman, dans
certains cas, et à Constable or Hodder & Stoughton, dans d'autres
pour la publications des oeuvres de Montgomery, cette maison créa
des couvre-livres dans le style de Page (même si les reliures de
toiles étaient conformes au style de Harrap et très différentes
des dessins de pages couvertures de Page), souvent avec des uvres
d'art totalement différentes. Tel est le cas pour Rilla,
que Harrap publia pour la première fois en 1928. Cet exemplaire
appartenait à une jeune fille (du moins le suppose-t-on par l'écriture
en page de garde) de Dublin du nom de Shelagh Murphy qui collectionnait
les uvres de Montgomery et en prenait grand soin. J'ai acheté
un certain nombre de ses livres d'une libraire écossaise compétente
et ardente au travail, qui ne cesse de m'étonner par ce qu'elle
réussit à dénicher et qui est une de mes préférées.
Je n'ai pas autrement vu d'image de Rilla sur ce couvre-livre. Dans ce cas, Harrap ne fut pas l'éditeur de la première
édition britannique de Rilla. Cet honneur
revint à Hodder & Stoughton, qui publia une uvre de Montgomery
pour la première fois en 1921. Rilla
fut leur première. Leurs « couvre-livres jaunes » étaient
célèbres et leurs dessins étaient beaucoup moins
dramatiques que les images-portraits créées par Harrap.
Ce couvre-livre est également très rare. Le dessin utilisé dans les premières éditions canadiennes
(et américaines) de Rilla sont mieux
connues des collectionneurs parce que le dessin qui est utilisé
sur la couverture du couvre-livre est repris sur les pages couvertures
des livres ainsi que sur le frontispice des livres mêmes. Les couvre-livres
de McClelland & Stewart, sont rares mais sont plus faciles à
trouver que ceux des éditions britanniques. Shelagh Murphy avait aussi conservé ce couvre-livre et il suscita
une grande admiration lorsqu'on le montra aux experts en matière
de Montgomery réunis pour la quatrième conférence
bisannuelle organisée par le L.M. Montgomery Institute, «
L.M. Montgomery and Popular Culture », en juillet 2000. Il s'agissait
là aussi d'une uvre originale commandée par Harrap
pour la deuxième édition britannique du livre parue en 1928
et même les experts n'en avaient jamais entendu parler. Lorsque j'ouvris le colis de livres envoyés d'Écosse, la
vue du couvre-livre de cette deuxième édition britannique
de Harrap créée pour Emily Climbs
et ayant appartenu à Shelagh Murphy suscita une réaction
que nul autre couvre-livre britannique n'avait provoqué chez moi.
Les participants à la conférence de juillet 2000 eurent
une fois encore une réaction favorable. Le titre individuel le plus rare de l'uvre de L.M. Montgomery est
son recueil de poésie qui date de 1916, The
Watchman. Il semble n'y avoir eu qu'une impression qui a servi
pour les éditions canadiennes, américaines et britanniques
(respectivement McClelland, Goodchild & Stewart, Toronto, 1916; Stokes,
New York, 1917; et Constable, Londres, 1920). Comme l'édition existe
en reliure de toile de deux couleurs différentes, vert et bleu,
il semblerait que les pages imprimées n'aient été
reliées que sur commande plutôt que de risquer la dépense
de tout relier d'un seul coup. Il existait aussi pour ce livre deux couvre-livres
différents et très rares, un bleu et un jaune. J'eus la
grande chance de réussir à trouver un exemplaire de chacun
que j'ai ajoutés au fonds de la collection Lucy Maud Montgomery
de Ronald I. Cohen de la Bibliothèque nationale du Canada. Rien
n'est certain, mais à la lumière des signatures des propriétaires
de chaque volume, il semblerait que le couvre-livre jaune (de 1916) ait
été le premier et qu'il ait été suivi du bleu
(de 1919). |
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